31 octobre 2026
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ROE : la rentabilité des capitaux propres, mode d'emploi

En bref

Le ROE (return on equity, ou rentabilité des capitaux propres) est le résultat net d'une année divisé par les capitaux propres, c'est-à-dire la part de l'entreprise qui appartient à ses actionnaires au bilan. Une société qui gagne 12 millions d'euros avec 100 millions de capitaux propres affiche un ROE de 12 %. Le ratio montre avec quelle énergie l'argent des actionnaires travaille, mais il peut grimper pour de mauvaises raisons : plus d'endettement, rachats d'actions qui réduisent les capitaux propres, gain exceptionnel. La décomposition DuPont sépare le ROE en trois leviers (marge nette, rotation de l'actif, effet de levier) pour voir lequel fait le travail. Lisez-le sur plusieurs années, à côté de la dette, du ROA et du ROIC, et ne comparez qu'entre entreprises du même secteur.

Un artisan en tablier travaille une pièce de bois dans un petit atelier plein d'outils.
Le ROE (rentabilité des capitaux propres) mesure combien de bénéfice l'argent des actionnaires produit chaque année.

Imaginez deux amies qui ouvrent chacune une boulangerie. Toutes deux dégagent 20 000 € de bénéfice sur l'année. L'une a mis 100 000 € de sa poche dans la boutique, l'autre 400 000 €. Le bénéfice est identique, mais la première tire nettement plus de chaque euro qu'elle a investi. Le ROE est le ratio qui rend cet écart visible pour une société cotée.

Ce que mesure le ROE (rentabilité des capitaux propres)

Le ROE, de l'anglais return on equity, compare le bénéfice de l'année à l'argent qui appartient aux actionnaires. Cet argent, ce sont les capitaux propres : tout ce que l'entreprise possède, moins tout ce qu'elle doit. Divisés par le nombre d'actions, ils donnent la valeur comptable par action. Le ROE répond donc à une question simple : pour 100 € que les actionnaires ont dans l'entreprise, combien de bénéfice l'entreprise a-t-elle produit cette année ? La formule, en mots : résultat net divisé par capitaux propres, multiplié par 100 pour obtenir un pourcentage. Le résultat net est ce qui reste tout en bas, après tous les coûts, les intérêts et l'impôt. Disons que la Société A a dégagé 12 millions d'euros de résultat net l'an dernier et que son bilan affiche 100 millions de capitaux propres. Son ROE vaut 12 millions divisés par 100 millions, soit 12 %. Si la Société B gagnait les mêmes 12 millions avec 200 millions de capitaux propres, son ROE serait de 6 %. Même bénéfice, rendement deux fois plus faible sur l'argent investi par les actionnaires.

Où trouver les deux chiffres dans le rapport annuel

Le résultat net figure en bas du compte de résultat. Pour un groupe qui détient des parts d'autres sociétés, il est le plus souvent scindé en deux lignes, et celle qui vous intéresse est le résultat net part du groupe, pas la tranche qui revient aux actionnaires minoritaires des filiales. Les capitaux propres se lisent au bilan, côté passif, sous le libellé capitaux propres, avec la même séparation entre la part du groupe et les intérêts minoritaires (participations ne donnant pas le contrôle). Prenez la part du groupe au numérateur comme au dénominateur, pour que les deux chiffres concernent les mêmes personnes. Vous trouverez ces états dans le rapport annuel ou, pour les sociétés cotées en France, dans le document d'enregistrement universel déposé auprès de l'AMF. Un petit choix change plus le résultat qu'on ne l'imagine. Les capitaux propres bougent pendant l'année, c'est pourquoi beaucoup d'analystes divisent par la moyenne entre l'ouverture et la clôture plutôt que par le chiffre de fin d'année. Si les capitaux propres sont passés de 90 à 110 millions, la moyenne est de 100 millions. Pour une entreprise stable, l'écart est faible. Pour une société qui a levé des fonds ou racheté beaucoup d'actions en cours d'année, il peut déplacer le ROE de plusieurs points : vérifiez donc quelle version utilise votre source de données avant de comparer deux chiffres.

Ce que le ROE dit, et ce qu'il ne dit pas

Une entreprise qui garde un ROE stable pendant de nombreuses années, sans s'endetter davantage, réinvestit ses bénéfices pour en gagner d'autres. Si elle gagne 12 % sur ses capitaux propres et conserve l'essentiel de ce bénéfice au lieu de le distribuer, la base grossit, et l'année suivante elle gagne 12 % sur une base plus large. C'est l'effet des intérêts composés, à l'intérieur de l'entreprise, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les investisseurs à long terme surveillent ce ratio. Ce que le ROE ne dit pas, c'est quel risque l'entreprise a pris pour y arriver, ni si le prix de l'action a un sens. Il mesure l'entreprise, pas l'action en Bourse. Une société au ROE excellent peut se négocier à un cours qui suppose déjà qu'elle le restera pour toujours, et une société au ROE médiocre peut être en train de s'améliorer. Un chiffre élevé est une question à creuser : d'où vient-il, et peut-il durer ?

La décomposition DuPont : trois façons d'obtenir le même ROE

Le plus utile, avec un ROE, est de le démonter. La méthode s'appelle l'analyse DuPont, et elle sépare le ROE en trois ratios qui se multiplient. Le premier est la marge nette : résultat net divisé par chiffre d'affaires, c'est-à-dire la part de chaque vente qui finit en bénéfice. Le deuxième est la rotation de l'actif : chiffre d'affaires divisé par l'actif total, soit ce que l'entreprise parvient à vendre avec tout ce qu'elle possède. Le troisième est l'effet de levier financier : actif total divisé par capitaux propres, c'est-à-dire combien d'euros d'actifs reposent sur chaque euro apporté par les actionnaires. Le reste est financé par la dette et d'autres engagements.

Appliquons-le à la Société A. Chiffre d'affaires de 200 millions, résultat net de 12 millions, actif total de 300 millions, capitaux propres de 100 millions. La marge est de 12 divisé par 200, soit 6 %. La rotation de l'actif est de 200 divisé par 300, environ 0,67. Le levier est de 300 divisé par 100, soit 3. En multipliant, 6 % fois 0,67 fois 3 donne environ 12 %, le même ROE qu'avant (le léger écart vient des arrondis). Rien de nouveau n'a été calculé, mais l'histoire apparaît : une marge mince, un volume d'actifs assez important pour son chiffre d'affaires, et beaucoup d'endettement derrière.

C'est pourquoi deux entreprises au même ROE peuvent être des métiers très différents. Une chaîne de supermarchés gagne peu sur chaque vente, mais ses rayons tournent sans arrêt et son ROE peut rester respectable. Une maison de luxe dégage une marge bien plus élevée sur chaque vente et vend beaucoup moins d'articles pour les actifs qu'elle détient. Une banque tire en général un faible rendement de ses actifs et atteint son ROE surtout grâce au levier, puisque l'essentiel de son bilan est financé par les dépôts et l'emprunt. Le ROE seul cache tout cela. Les trois facteurs, eux, le montrent.

Comment la dette gonfle le ROE

Le troisième facteur est celui par lequel le ROE flatte le plus souvent une entreprise. Reprenons la Société A et créons-lui une jumelle, la Société B, avec exactement les mêmes magasins, les mêmes ventes et le même résultat d'exploitation, mais financée autrement : les mêmes 300 millions d'actifs, avec 50 millions de capitaux propres au lieu de 100, les 50 millions restants venant d'un emprunt supplémentaire. Ce prêt coûte des intérêts, donc son résultat net est un peu plus bas, disons 10 millions au lieu de 12. Son ROE est de 10 millions divisés par 50 millions, soit 20 %. L'activité n'est pas meilleure. Elle a simplement remplacé 50 millions d'argent des actionnaires par 50 millions d'argent emprunté. Tant que l'exploitation rapporte plus que la dette ne coûte, l'emprunt fait monter le ROE. Le mécanisme joue aussi à l'envers quand la conjoncture se retourne : le bénéfice baisse, la charge d'intérêts reste la même, et le ROE chute bien plus vite que chez un concurrent peu endetté. Devant un ROE élevé, regardez donc la dette au bilan et la facilité avec laquelle le résultat d'exploitation couvre les intérêts. Un ROE élevé construit sur l'endettement n'a rien à voir avec un ROE élevé construit sur de fortes marges.

Gros plan sur les pièces métalliques polies d'un moteur.
La décomposition DuPont démonte le ROE comme un moteur : la marge, la rotation des actifs et le levier expliquent chacun une part du résultat.

Rachats d'actions, pertes et gains exceptionnels

Les rachats d'actions agissent de la même façon par une autre porte. Quand une société utilise sa trésorerie pour racheter ses propres actions, cet argent sort du bilan et les capitaux propres diminuent d'autant. Supposons que la Société A consacre 40 millions de trésorerie disponible à un rachat. Les capitaux propres passent de 100 à 60 millions. En négligeant les petits intérêts qu'elle ne touche plus sur cette trésorerie, le bénéfice reste autour de 12 millions et le ROE bondit de 12 à 20 %. Rien n'a changé dans les magasins.

Les sociétés qui rachètent leurs actions pendant des années, souvent au-dessus de la valeur comptable, peuvent se retrouver avec des capitaux propres très faibles, voire négatifs. Le ROE devient alors énorme ou absurde, parce que vous divisez par presque rien ou par un nombre négatif. Les pertes posent le problème inverse : un résultat net négatif donne un ROE négatif, et une société à capitaux propres négatifs qui perd de l'argent peut même afficher un ROE positif, ce qui est de la pure arithmétique et ne dit rien. Quand le dénominateur est minuscule ou négatif, mettez le ROE de côté et regardez les autres mesures ci-dessous. Les éléments exceptionnels sont le dernier piège. Une société qui vend un immeuble ou une branche d'activité peut enregistrer un gros gain qui gonfle le résultat net pour une seule année. Le ROE s'envole, puis retombe l'année suivante. Lisez les notes annexes sur les éléments exceptionnels et regardez cinq ou dix ans de ROE plutôt qu'une seule, pour qu'une année exceptionnelle, bonne ou mauvaise, ne décide pas de votre opinion sur l'entreprise.

ROE, ROA et ROIC : trois questions différentes

Le ROA (return on assets, rentabilité de l'actif) divise le résultat net par l'actif total, et non par les capitaux propres. La Société A gagne 12 millions sur 300 millions d'actifs, soit un ROA de 4 %. Comme il ignore la façon dont les actifs ont été financés, le ROA donne une image plus nette de la productivité de l'entreprise avec tout ce qu'elle contrôle, et c'est le ratio qui démasque un ROE élevé dû à l'endettement : une société à 20 % de ROE et 2 % de ROA, c'est surtout une histoire d'emprunt. Il s'apparente à l'idée plus large de retour sur investissement, appliquée au bilan d'une entreprise entière.

Le ROIC (return on invested capital, rentabilité du capital investi) se situe entre les deux. Il prend le résultat d'exploitation après impôt, avant intérêts, et le divise par l'argent réellement engagé dans l'activité par les actionnaires et les prêteurs, grosso modo capitaux propres plus dette moins trésorerie excédentaire. Disons que la Société A dégage 20 millions de résultat d'exploitation, paie 25 % d'impôt dessus et dispose de 250 millions de capital investi. Son ROIC est de 15 millions divisés par 250 millions, soit 6 %. Parce qu'il compte aussi l'argent des prêteurs, le ROIC est bien plus difficile à gonfler par le seul emprunt, et les analystes le comparent souvent au coût moyen pondéré du capital pour voir si l'entreprise gagne plus que ce que lui coûte son financement.

Le ROE a aussi son propre point de repère : le coût des capitaux propres, le rendement que les actionnaires peuvent raisonnablement attendre pour le risque de détenir les actions. Une société qui affiche un ROE de 6 % alors que ses actionnaires peuvent raisonnablement en attendre environ 9 % gagne moins que ce qu'ils exigent pour ce risque, même si elle est bénéficiaire. La façon d'estimer ce rendement attendu avec le bêta et le MEDAF (CAPM) est expliquée dans notre guide du coût des capitaux propres.

Pourquoi le ROE varie autant d'un secteur à l'autre

Le ROE est l'un des principaux chiffres pour les banques et les assureurs, car leur métier consiste à prêter ou à placer l'argent d'un très gros bilan, bâti sur une fine couche de capitaux propres, et les régulateurs fixent l'épaisseur minimale de cette couche. Les services aux collectivités (électricité, eau, gaz) sont souvent très endettés et dégagent des rendements stables et modestes. Les éditeurs de logiciels et les marques peuvent afficher un ROE élevé en partie parce que la recherche et le marketing sont en général passés en charges au lieu d'être inscrits à l'actif, ce qui maintient les capitaux propres à un niveau bas. Les industriels très gourmands en actifs se situent souvent plus bas. Comparez donc le ROE d'une entreprise à son propre historique et à celui d'entreprises qui font vraiment le même métier, pas à un chiffre unique censé être bon pour tout le monde. La même logique vaut pour les ratios de valorisation, présentés dans notre article sur les ratios de valorisation.

Une routine simple pour lire un ROE

La prochaine fois que vous regardez une entreprise, notez son ROE des cinq dernières années. Décomposez la dernière année en marge, rotation de l'actif et levier, et demandez-vous lequel des trois a le plus bougé si le chiffre a changé. Vérifiez si les capitaux propres sont faibles ou en baisse à cause de rachats d'actions, si la dette a augmenté, et si un gain exceptionnel se cache dans l'année qui paraît la meilleure. Placez ensuite le ROA et le ROIC à côté. Si les trois racontent la même histoire, vous avez appris quelque chose sur l'entreprise. Si le ROE est seul très au-dessus des deux autres, vous avez aussi appris quelque chose.

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Pour retrouver les chiffres d'entreprises réelles, la page analyse d'actions Worthmap est un point de départ : elle donne un score sur 36 à partir de règles fixes réparties en six domaines, un résultat de checklist, pas un conseil d'acheter ou de vendre.

À titre d'information et de pédagogie uniquement : ce n'est pas une recommandation d'acheter ou de vendre un instrument financier.

Résumé

Le ROE mesure le profit que tire une entreprise de l'argent de ses actionnaires. Comment le calculer, le décomposer avec DuPont et repérer l'effet de la dette.


Federico Romaldi

Écrit par

Federico Romaldi

Co-fondateur, Worthmap

Publié: 31 octobre 2026

Federico est co-fondateur de Worthmap, un outil de suivi du patrimoine net multidevise accompagné de calculateurs d’investissement gratuits. Il écrit les articles du site sur l’investissement value, l’analyse fondamentale et le suivi d’un patrimoine réparti sur plusieurs devises. Il n’est pas conseiller financier agréé.

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