Investissement Value
14 août 2026
8 min de lecture

Ratios de valorisation : repérer une action sous-évaluée

En Bref

Un multiple de valorisation, c'est un prix divisé par quelque chose que l'entreprise produit, et chacun est aveugle dans une direction différente. Le PER, que les anglophones appellent P/E, ignore la dette et se laisse démolir par un seul élément exceptionnel. Le PEG repose sur une prévision de croissance qui est presque toujours celle de quelqu'un d'autre. Le rapport cours sur valeur comptable est utile pour une banque et à peu près vide de sens pour un éditeur de logiciels. L'EV/EBITDA règle le problème de la dette mais fait comme si les amortissements n'étaient pas un vrai coût. Le rendement du free cash flow est le plus dur à maquiller, et reste assez irrégulier pour qu'une seule année vous égare. Un gros rendement du dividende signale souvent que le cours a chuté. La règle pratique : un ratio bas est une question, pas une réponse.

Hands hold a magnifying glass over printed pages of bar charts and figures next to a laptop.
A low multiple is a question, not an answer, and the answer only comes from looking closely at what sits behind the number.

Un PER faible ne vous dit pas qu'une action est bon marché. Il vous dit que le marché attend moins de cette entreprise que de celles qui se paient plus cher. Savoir si cette attente est fausse, c'est tout le travail, et aucun ratio ne le fera à votre place.

Tous les ratios de valorisation ont la même forme

Au numérateur, le prix de l'entreprise. Au dénominateur, une mesure de ce qu'elle produit réellement : un bénéfice, des capitaux propres, de la trésorerie, un dividende. Vous divisez, vous obtenez un multiple. Il répond à une seule question, celle de savoir combien vous payez une unité de cette chose précise, et il ne répond à rien d'autre. C'est pour cela qu'un multiple lu tout seul n'est pas une information. Il le devient à l'instant où vous le mettez face à quelque chose : la même société il y a cinq ans, les trois ou quatre concurrents qui font vraiment le même métier, ou l'ensemble de la cote. Isolé, ce n'est qu'un nombre avec une virgule.

Le PER : ce que coûte un euro de bénéfice

Le PER, pour price earnings ratio, divise le cours de l'action par le bénéfice net par action. En France on l'appelle aussi le rapport cours sur bénéfice, et les lecteurs habitués à l'anglais le connaissent sous le sigle P/E : c'est le même ratio avec trois noms, ce qui embrouille beaucoup de débutants pour rien. Le bénéfice par action, lui, se note BNPA ou BPA dans les documents français. Une illustration avec des chiffres ronds : une action cote 50 euros et la société a gagné 5 euros par action l'an dernier, donc le PER vaut 10 et vous payez 10 euros pour chaque euro de bénéfice annuel. Un concurrent au même cours de 50 euros, mais qui ne gagne que 2 euros par action, affiche un PER de 25. Le marché vous facture deux fois et demie plus cher le même euro de bénéfice, et il le fait pour une raison qu'il n'a écrite nulle part.

Ce que le ratio cache, c'est tout ce qui se loge derrière le mot bénéfice. Le résultat comptable contient des charges qui ne font sortir aucun euro de la caisse, et il se laisse déformer par des événements exceptionnels : une transaction judiciaire, une dépréciation d'actif, la cession d'un immeuble. Un mauvais exercice rétrécit le dénominateur et rend le PER absurde. Un gain important fait l'inverse et donne à une société chère l'allure d'une bonne affaire. Vérifiez aussi si le chiffre que vous lisez repose sur le bénéfice publié de l'an dernier ou sur la prévision de l'exercice en cours. Le PER historique et le PER prévisionnel peuvent être très éloignés l'un de l'autre, et presque personne ne précise lequel il cite.

Le PEG : le PER corrigé de la croissance

Une société dont les bénéfices grimpent vite mérite un PER plus élevé qu'une société à l'arrêt. C'est l'objection honnête au PER pris seul, et le PEG tente d'y répondre : vous prenez le PER et vous le divisez par le taux de croissance annuel attendu des bénéfices, exprimé en pourcentage. Un PER de 30 en face d'une croissance attendue de 30 % donne un PEG de 1. L'idée est associée à Peter Lynch, dont le livre traduit en français sous le titre Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse explique comment rapporter le prix payé au rythme auquel l'entreprise grandit. La faiblesse saute aux yeux dès qu'on la formule à voix haute. Le dénominateur est une prévision, en général celle de quelqu'un d'autre, et les prévisions de forte croissance comptent parmi les chiffres les moins fiables de la finance. Le PEG flatte au passage toute société qui rebondit après une année de base médiocre, et il perd tout sens dès que la croissance devient négative, parce qu'un dénominateur négatif donne un PEG négatif, un nombre bien propre qui ne veut strictement rien dire.

Cours sur valeur comptable : taillé pour les bilans remplis d'actifs bien réels

La valeur comptable, ce sont les capitaux propres : ce que le bilan laisserait aux actionnaires une fois chaque dette retranchée de chaque actif. Divisez par le nombre d'actions et vous obtenez la valeur comptable par action ; le cours divisé par ce montant donne le rapport cours sur valeur comptable, que les écrans de courtiers affichent le plus souvent sous son sigle anglais P/B, parfois écrit PBR. Pour une banque ou un assureur, ce ratio est réellement instructif, parce que l'essentiel de ce qu'une telle société possède, ce sont des instruments financiers valorisés et audités. Pour un éditeur de logiciels ou un cabinet de conseil, il ne sert presque à rien. Ce qui fait la valeur de ces entreprises, la recherche et la marque, passe en charges l'année où l'argent est dépensé au lieu d'être inscrit à l'actif : le bilan ne le voit jamais. Des années de rachats d'actions au-dessus de la valeur comptable réduisent en plus les capitaux propres publiés, ce qui peut pousser le ratio vers le haut, voire en territoire négatif, sans que rien n'aille mal dans l'entreprise.

L'EV/EBITDA : le multiple qui refuse d'ignorer la dette

Deux sociétés peuvent afficher exactement le même PER alors que l'une n'a aucune dette et que l'autre est endettée jusqu'au cou. Le multiple EV/EBITDA corrige ce défaut. La valeur d'entreprise, qu'on abrège VE en français, prend la capitalisation boursière, ajoute la dette et retranche la trésorerie : à peu près ce qu'il faudrait débourser pour racheter toute l'affaire et solder ce qu'elle doit. L'EBITDA, lui, se situe haut dans le compte de résultat, avant les intérêts, donc la comparaison reste neutre vis-à-vis du mode de financement. Son cousin français porte un nom que vous croiserez dans les comptes établis selon le plan comptable général : l'excédent brut d'exploitation, l'EBE, proche sans être identique. La question posée est celle du prix de l'exploitation, avant celle, bien distincte, de savoir qui l'a financée.

Le piège, ce sont le D et le A. Les dotations aux amortissements sont réintégrées comme s'il s'agissait d'une écriture sans conséquence ; pour une compagnie aérienne ou un industriel, elles n'ont rien d'une fiction, puisque l'avion s'use et que l'argent devra bien ressortir quelques années plus tard sous forme d'investissements. L'EBITDA n'est d'ailleurs défini ni par les normes IFRS ni par les US GAAP. C'est ce que l'ESMA, l'autorité européenne des marchés financiers, appelle un indicateur alternatif de performance, et ses orientations demandent à l'émetteur de le rapprocher du poste comptable publié le plus proche. L'AMF a repris ces orientations dans sa doctrine et le rappelle aux sociétés cotées à Paris. Aux États-Unis, la Regulation G de la SEC impose le même rapprochement. Autrement dit, quand une société met en avant son EBITDA ajusté, le rapprochement figure quelque part dans le document. Allez lire ce qui a été ajusté.

A dark trading screen shows green and red candlesticks beside a column of falling price quotes.
A falling screen improves every ratio at once, which is a warning to check the business before trusting the bargain.

Le rendement du free cash flow : le chiffre le plus dur à maquiller

Le flux de trésorerie disponible, que presque tout le monde en France appelle par son nom anglais, le free cash flow, c'est la trésorerie produite par l'exploitation moins l'argent dépensé en investissements. Les deux montants figurent au tableau des flux de trésorerie, pas au compte de résultat, et c'est précisément ce qui fait leur force. Divisez ce flux par la capitalisation boursière et vous obtenez un rendement que vous pouvez mettre en face de celui d'une obligation. Pour l'illustration : une société qui vaut 1 000 en Bourse et qui a produit 80 de flux disponible l'an dernier ressort à 8 % de rendement. La trésorerie se manipule moins facilement que le bénéfice, sans être impossible à arranger, et elle est bien plus irrégulière. Il suffit de payer les fournisseurs plus lentement ou de repousser la rénovation de l'usine pour qu'une seule année paraisse belle. Regardez cinq exercices plutôt qu'un, et vérifiez si les investissements n'étaient pas exceptionnellement bas justement l'année qui produit le beau chiffre.

Le rendement du dividende : quand un gros chiffre est un avertissement

Le rendement du dividende, c'est le dividende annuel par action divisé par le cours, et il monte pour deux raisons opposées. La bonne : le conseil d'administration a relevé le versement. La mauvaise : le cours s'est effondré pendant que le dividende restait au même niveau, ce qui est la façon qu'a le marché de dire tout haut qu'il ne croit pas à la survie de ce versement. Illustration : un dividende de 2 euros sur une action à 40 euros donne 5 %, et si le cours tombe de moitié à 20 euros, le rendement double à 10 % sans que la société ait sorti un centime de plus. Le contrôle qui prend deux minutes s'appelle le taux de distribution, c'est-à-dire la part du bénéfice ou du flux de trésorerie disponible qui repart chez les actionnaires. Un taux qui avale presque tout ce que l'entreprise produit ne laisse rien pour rembourser la dette ni pour réinvestir, et le dividende est en général la première chose qu'un conseil coupe quand l'activité se retourne.

Attention aussi au calendrier des versements, qui n'est pas le même des deux côtés de l'Atlantique. Beaucoup de sociétés du CAC 40 versent un dividende unique une fois par an, voté en assemblée générale et parfois précédé d'un acompte, alors qu'une société américaine paie le plus souvent chaque trimestre. Le rendement affiché sur un écran de courtier juste après le détachement du coupon ne se lit donc pas de la même façon selon le pays de la société.

Le même multiple ne veut pas dire la même chose selon le secteur

Un gestionnaire de réseau d'eau, aux flux ternes et prévisibles, et un éditeur de logiciels en forte croissance ne se paieront jamais au même multiple, et aucun des deux n'est mal valorisé pour autant. Comparez une société à sa propre histoire et au petit nombre d'entreprises qui font vraiment le même métier. Sur la cote parisienne, cela veut dire comparer un dossier à ses quelques vrais pairs plutôt qu'à une moyenne du SBF 120, qui mélange des activités sans rapport les unes avec les autres. Les valeurs cycliques, elles, renversent complètement la logique. Un sidérurgiste ou un promoteur immobilier affiche son PER le plus bas précisément au sommet du cycle, quand ses bénéfices culminent, et son PER le plus élevé en bas de cycle, quand le résultat s'est effondré et que la reprise n'est pas encore là. Acheter parce que le PER est faible à ce moment précis, c'est la façon classique d'acheter exactement au mauvais moment.

Bon marché pour une raison

La plupart des actions statistiquement bon marché le sont pour une raison qu'un filtre automatique ne voit pas. La clientèle se réduit. Un brevet tombe dans le domaine public l'an prochain. Un régulateur commence à s'y intéresser de près. Les comptes sont agressifs d'une manière qui n'apparaît que dans les annexes. C'est le piège de valeur, le value trap des Anglo-Saxons, et ce n'est pas un accident rare, c'est le cas normal : le marché n'est pas parfait, mais il fonctionne à peu près bien, et un multiple bas signifie le plus souvent que quelqu'un a déjà compris quelque chose qui vous échappe encore. Traitez donc un ratio faible comme une question, jamais comme une conclusion. La question est celle-ci : qu'est-ce que ce prix suppose sur l'avenir de cette entreprise, et ai-je une raison précise et vérifiable de penser que cette supposition est fausse ?

Ce qui commence vraiment une fois le filtre passé

Filtrer sur des multiples est la partie facile, et transformer un filtre en une poignée de dossiers qui méritent votre temps est un travail à part entière, traité ailleurs dans comment trouver des actions sous-évaluées. La partie coûteuse, c'est la lecture. Pour une société cotée à Paris, le document à ouvrir s'appelle le document d'enregistrement universel, l'URD, qui a remplacé l'ancien document de référence : il est déposé auprès de l'AMF, publié gratuitement dans l'espace investisseurs du site de la société, et il contient les comptes, les annexes et les facteurs de risque. Pour une société américaine, l'équivalent s'appelle le 10-K et il est accessible à tous sur la base EDGAR de la SEC. Quelle que soit la valeur à laquelle vous arrivez au bout du compte, exigez une marge de sécurité et achetez nettement en dessous. Votre estimation est une supposition réfléchie entourée d'une marge d'erreur, et la décote est ce qui vous paie pour les fois où vous vous trompez.

Un détail bien français change la liste des candidats avant même le premier ratio. Si vous investissez via un plan d'épargne en actions, sachez que le PEA n'accepte que les titres de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou dans l'Espace économique européen. Une valeur américaine bon marché ne pourra donc pas y entrer et ira sur un compte-titres ordinaire, avec une fiscalité différente qu'il vaut mieux vérifier auprès de votre banque ou sur impots.gouv.fr avant d'acheter. Autant le savoir avant de s'attacher à un dossier que votre enveloppe ne peut pas accueillir.

Faites l'essai sur une société que vous détenez déjà. Calculez son PER, son rendement du free cash flow et son rapport cours sur valeur comptable, puis écrivez pour chacun une phrase disant ce que ce chiffre suppose des attentes du marché. Si vous n'arrivez pas à écrire la phrase, le ratio n'a jamais été une information. C'était de la décoration.

Testez une action avec le nombre de Graham

Résumé

Chaque ratio de valorisation répond à une question et en cache une autre. Ce que le PER, le PEG, le cours sur valeur comptable et l'EV/EBITDA disent vraiment.


Federico Romaldi

Écrit par

Federico Romaldi

Co-fondateur, Worthmap

Publié: 14 août 2026

Federico est co-fondateur de Worthmap, une plateforme d’intelligence patrimoniale pour les investisseurs sérieux. Fort d’une expérience en génie logiciel et d’une passion de longue date pour l’investissement value, il a créé Worthmap pour combler le fossé entre le suivi du patrimoine et l’analyse des investissements.


Contenu pédagogique uniquement. Cet article est fourni à des fins d'information et d'éducation et ne constitue pas un conseil financier, d'investissement, fiscal ou juridique. Worthmap est un outil de suivi et d'analyse du patrimoine, et non un conseiller en investissement enregistré ni un courtier. Les marchés comportent des risques et les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Faites toujours vos propres recherches et consultez un conseiller financier qualifié avant de prendre des décisions d'investissement.