Fiscalité
14 août 2026
9 min de lecture

Abgeltungssteuer : fiscalité des placements en Allemagne

En Bref

L'Allemagne impose les revenus du capital à un niveau unique et les collecte à la source : votre banque prélève, ajoute le Solidaritätszuschlag et, le cas échéant, la Kirchensteuer, puis reverse le tout, si bien que la plupart des épargnants ne déclarent jamais rien. La version automatique n'est pas toujours la bonne. L'abattement ne joue qu'après le dépôt d'un Freistellungsauftrag dans chaque banque, une perte chez un courtier ne rencontre jamais un gain chez un autre sans Verlustbescheinigung, un courtier étranger ne retient rien et vous laisse déclarer seul, et la Günstigerprüfung peut vous rendre la différence dans une année à faibles revenus. Si vous restez résident fiscal français, ce sont impots.gouv.fr et la convention franco-allemande qui décident de la suite. Les taux et les abattements changent : vérifiez-les auprès du Bundesfinanzministerium ou de votre Finanzamt.

The European Central Bank tower rises beside a steel bridge over the river Main in Frankfurt, the banking skyline hazy in the distance.
Germany collects this tax through the banks themselves, which is why most investors never fill in a single form for it.

En Allemagne, l'impôt sur les revenus de vos placements est prélevé avant même que l'argent n'arrive sur votre compte. Votre banque calcule le montant, le retient et le verse au fisc, et pour la plupart des épargnants l'histoire s'arrête là : aucun formulaire, aucune déclaration, rien à retenir au printemps. Cette commodité a un prix. Un prélèvement que vous ne voyez pas est un prélèvement que vous ne vérifiez pas, et il existe quelques situations parfaitement banales où la version automatique vous prend plus que ce que la loi réclame vraiment.

Abgeltungssteuer : ce que le mot dit du système

Commencez par le mot, parce qu'il contient toute la logique. Abgeltung veut dire règlement, extinction d'une dette. Une fois que votre banque a retenu l'impôt sur des intérêts, sur un dividende ou sur une plus-value que vous avez réalisée, votre obligation sur ce revenu est considérée comme éteinte et ce revenu n'a plus à remonter dans votre déclaration. L'impôt physiquement prélevé porte un autre nom, Kapitalertragsteuer, l'impôt sur les revenus du capital ; Abgeltungssteuer désigne son effet, celui de clore le dossier. La loi écrit d'ailleurs le mot avec un seul s au milieu, Abgeltungsteuer, alors que presque tout le monde, banques comprises, en met deux. Deuxième choix de fond : ce revenu est taxé à un niveau unique au lieu de venir s'empiler sur votre salaire dans votre tranche personnelle, si bien qu'un cadre dirigeant et une caissière paient le même impôt sur le même dividende. Un lecteur français reconnaîtra le principe, puisque la France a fait un choix voisin avec son prélèvement forfaitaire unique, celui que tout le monde appelle la flat tax.

Ce qui compte comme revenu du capital

Les intérêts d'abord : ceux d'un compte d'épargne, d'un compte Tagesgeld, le coupon d'une obligation. Viennent ensuite les distributions, c'est-à-dire les dividendes d'actions et les revenus versés par les fonds. Celui qui surprend, c'est la plus-value réalisée : le gain ne devient réel qu'au moment où vous vendez des actions, des fonds, des obligations ou des certificats plus cher que vous ne les avez payés, et certains revenus de produits dérivés entrent dans la même case. Ce qui n'y entre pas, c'est un gain que vous n'avez pas pris : une action qui a doublé sur le papier n'est pas imposée tant que vous ne vendez rien. Les fonds capitalisants font exception, parce que l'Allemagne calcule chaque année un montant théorique, la Vorabpauschale, précisément pour qu'un fonds qui ne distribue jamais rien ne repousse pas l'impôt indéfiniment. En pratique, la banque prélève ce montant sur les liquidités du compte en début d'année, donc mieux vaut y laisser de quoi le payer. Un détail à garder en tête devant une fiche de fonds : le rendement du dividende affiché est un chiffre brut, avant tout cela. Si les distributions sont la raison même pour laquelle vous détenez la ligne, la construction d'un portefeuille autour d'elles est traitée à part dans l'investissement en dividendes pour débutants.

Les deux suppléments qui voyagent avec l'impôt

Le taux affiché n'est pas tout le prélèvement. Le Solidaritätszuschlag se calcule sur l'impôt lui-même et non sur votre revenu, il se comporte donc comme un pourcentage d'un pourcentage et il s'applique automatiquement partout où l'impôt s'applique. La Kirchensteuer, l'impôt d'Église, s'applique si vous êtes membre déclaré d'une communauté religieuse qui le lève, et c'est là que les gens tombent des nues : votre banque ne vous demande jamais votre religion. Une fois par an, elle interroge automatiquement le Bundeszentralamt für Steuern, qui lui renvoie votre appartenance comme une donnée enregistrée, et elle prélève en conséquence. Vous pouvez bloquer cette interrogation en déposant un Sperrvermerk. Bloquer ne supprime pas l'obligation, cela la déplace : vous devez alors déclarer cet impôt vous-même auprès de votre Finanzamt. Pour un lecteur venu de France, où aucun impôt d'Église n'est prélevé sur les revenus et où ce sont les prélèvements sociaux qui jouent le rôle de supplément, c'est le premier vrai dépaysement.

L'abattement ne fait rien tant que vous ne le demandez pas

L'Allemagne exonère chaque année une première tranche de revenus du capital par personne, le Sparerpauschbetrag, et double le montant pour les couples imposés ensemble. Ce que l'on oublie, c'est qu'il ne s'applique pas tout seul. Votre banque continue de prélever tant que vous ne lui avez pas donné une instruction permanente, le Freistellungsauftrag, qui lui demande de vous payer brut à hauteur du montant que vous lui attribuez. Il faut y indiquer votre Steuer-Identifikationsnummer, et la plupart des courtiers permettent de le déposer et de le modifier en ligne depuis le Depot, l'équivalent allemand du compte-titres ordinaire, en une minute.

La difficulté vient de ce que l'instruction est adressée à une banque et non au fisc. Quelqu'un qui a un compte d'épargne dans un établissement et des comptes-titres dans deux autres doit découper un seul abattement en trois parts et deviner à l'avance où le revenu va réellement tomber. Attribuez trop peu au compte qui finit par produire ce revenu et l'on vous prélèvera un impôt que vous ne deviez pas. Il n'est pas perdu, mais le seul chemin de retour passe par une déclaration dans laquelle vous le réclamez. D'où une habitude simple : chaque fois que vous ouvrez, fermez ou commencez à alimenter un compte, reprenez la répartition.

Les pertes ne disparaissent pas, elles tombent dans un pot

Votre banque tient pour vous, en arrière-plan, des compteurs de pertes appelés Verlusttöpfe. Vendez une ligne à perte et le montant va dans un pot, où il s'impute tout seul sur les gains réalisés plus tard dans cette même banque. L'imputation joue d'abord à l'intérieur de l'année, puis ce qui reste se reporte aussi longtemps que le compte existe. Les pots sont séparés et cette séparation compte. Une perte sur une action individuelle ne peut s'imputer que sur un gain réalisé sur des actions individuelles, tandis que les pertes sur les fonds, les obligations et les autres instruments vont dans un pot général. Un troisième compteur enregistre l'impôt étranger déjà retenu à la source, celui qui pourra venir en déduction de l'impôt allemand.

Ce qu'aucune banque ne peut faire, c'est regarder à l'intérieur d'une autre banque. Imaginez une année où vous vendez avec un bénéfice chez un courtier et où vous vendez à perte, pour exactement le même montant, chez un second. Économiquement, vous finissez à l'équilibre. Le premier courtier a pourtant prélevé l'impôt sur la totalité du gain, et le second se retrouve avec une perte sans rien à quoi l'opposer. Rien ne rapproche ces deux faits tout seul. Vous demandez au second courtier une Verlustbescheinigung, l'attestation qui vous remet la perte au lieu de la laisser dormir dans le pot, vous portez les chiffres des deux banques dans votre déclaration, et le Finanzamt fait la compensation. Cette demande a une date limite légale en décembre : c'est donc une décision que vous prenez avant la fin de l'année, pas une découverte de printemps.

Quand votre courtier n'est pas allemand

Rolled bundles of euro banknotes held with rubber bands, each topped with a stack of coins, standing on a spread of loose change.
Interest, dividends and realised gains all get the same flat treatment at source, whatever pile the money comes from.

Un courtier établi hors d'Allemagne ne retient normalement rien, parce qu'il n'est pas branché sur la machinerie de collecte allemande. Cela ne rend pas le revenu non imposable. Si vous avez votre résidence fiscale en Allemagne, le revenu y est imposable, et la déclaration devient votre travail plutôt que celui d'une banque. Le formulaire s'appelle l'annexe KAP, l'Anlage KAP, jointe à votre déclaration de revenus, accompagnée de l'Anlage KAP-INV pour les revenus de fonds qu'aucune banque allemande n'a déjà réglés. Prendre ce silence pour une faille serait un mauvais calcul. Dans le cadre de la norme commune de déclaration, le Common Reporting Standard, les banques des pays participants transmettent les informations de compte à leur propre administration, qui les fait suivre au pays où réside le titulaire.

Ce qui change si vous restez résident fiscal français

Beaucoup de lecteurs francophones sont dans la situation inverse : ils vivent en France, en Belgique ou au Luxembourg et détiennent un compte chez un courtier allemand. La banque allemande retient alors l'impôt sur les dividendes de source allemande, mais l'imposition de vos plus-values relève de votre pays de résidence, et c'est lui qui reprend la main. Un résident français déclare donc lui-même. Les revenus encaissés à l'étranger passent par le formulaire 2047, puis se reportent sur la déclaration 2042, et le formulaire 3916 sert à signaler l'existence même du compte ouvert hors de France, une obligation distincte de l'impôt et sanctionnée séparément quand on l'oublie.

Un réflexe saute aussi avec le courtier étranger. Une banque française prélève d'office un acompte d'impôt sur le dividende qu'elle vous verse ; la banque allemande, elle, ne fait rien de tel. C'est donc à vous de verser cet acompte, peu après l'encaissement et sur le formulaire 2778-DIV-SD, sans attendre la déclaration annuelle. Une dispense existe sous condition de revenu, mais elle se demande à l'avance. Le document qui vous manquera, c'est l'IFU, l'imprimé fiscal unique qu'une banque française envoie chaque année avec les cases déjà remplies. Face à un courtier allemand vous recevez à la place une Steuerbescheinigung rédigée en allemand, et le report dans les bonnes cases françaises reste à votre charge.

Le pont entre les deux systèmes s'appelle la convention fiscale entre la France et l'Allemagne. Elle décide lequel des deux États impose quoi, plafonne ce que le pays de la source a le droit de garder sur un dividende, et prévoit un crédit d'impôt côté français pour éviter que le même revenu soit taxé deux fois en entier. Ce plafond ne s'applique pourtant pas tout seul. La banque allemande retient d'abord au taux prévu par le droit allemand. La part gardée au-delà de ce que la convention autorise ne revient qu'à celui qui la réclame, auprès du Bundeszentralamt für Steuern. La démarche existe, mais elle ne vaut l'effort que si la somme le justifie. La convention prévoit aussi un régime particulier pour les travailleurs frontaliers, ce qui rend la question de la résidence très concrète le long du Rhin.

Une différence de fond mérite d'être connue : la France laisse ses épargnants loger leurs titres dans des enveloppes, le PEA, réservé pour l'essentiel aux titres européens, et l'assurance vie. Tant que rien n'en sort, l'impôt sur le revenu attend. Attention, cela ne veut pas dire que rien n'est prélevé : les gains d'un fonds en euros supportent les prélèvements sociaux chaque année, et dans un PEA ils sont dus au moment du retrait. Du côté allemand, rien de tel n'existe pour un compte-titres ordinaire, et ce qui diffère l'impôt là-bas, ce sont des contrats de retraite ou d'assurance, pas le Depot. Le Depot est un compte-titres nu : chaque encaissement y est traité l'année où il a lieu.

Trois situations où la déclaration vaut l'heure passée

La première, c'est un abattement inutilisé : si vos revenus se sont répartis entre plusieurs banques et qu'un Freistellungsauftrag était réglé trop bas, la déclaration est le moyen de récupérer la différence. La deuxième est le cas décrit plus haut, une perte chez un courtier en face d'un gain chez un autre. La troisième s'appelle la Günstigerprüfung, littéralement l'examen du plus favorable. Vous cochez une case sur l'annexe KAP, le Finanzamt compare deux traitements, le forfait que votre banque a déjà appliqué et votre imposition personnelle ordinaire, et il retient celui qui vous laisse payer le moins. Vous ne pouvez pas y perdre, et c'est tout l'intérêt de la demande. Elle prend surtout son sens dans une année où vos autres revenus sont anormalement bas : un étudiant qui a hérité d'un portefeuille, une personne en congé parental, un trou entre deux emplois, un préretraité qui vit de son épargne. Ce sont exactement les profils pour lesquels un traitement forfaitaire pensé pour un haut revenu donne la mauvaise réponse.

Ce que cela change dans votre façon d'investir

L'impôt tombe au moment où vous réalisez, donc l'activité a un coût que votre portefeuille sur le papier ne vous montre jamais. Vendre un fonds pour en acheter un presque identique, ou rééquilibrer avec enthousiasme chaque trimestre, transforme une plus-value latente non imposée en plus-value réelle imposée et réduit le capital qui continuera de composer ensuite. Les fonds capitalisants repoussent ce moment, puisqu'ils réinvestissent en interne au lieu de vous verser quoi que ce soit (l'arbitrage est détaillé dans ETF capitalisants ou distribuants, et l'effet de cumul dans le réinvestissement des dividendes). La Vorabpauschale existe justement pour que ce report ne dure pas éternellement. Ne retournez pas l'idée pour autant. Un mauvais placement assorti d'un traitement fiscal séduisant reste un mauvais placement. La fiscalité départage deux options raisonnables, elle ne justifie jamais un choix idiot.

Où trouver les chiffres que cet article ne donne pas

Vous aurez remarqué qu'il n'y a ni taux, ni abattement, ni seuil dans tout ce qui précède. C'est volontaire. Ces montants bougent par la loi, parfois à bref délai, et un chiffre affirmé avec assurance qui s'est périmé en silence est pire que pas de chiffre du tout. Les valeurs en vigueur sont publiées par le Bundesfinanzministerium, et les textes eux-mêmes, l'Einkommensteuergesetz pour les règles générales et l'Investmentsteuergesetz pour les fonds, se lisent gratuitement sur gesetze-im-internet.de. Votre Finanzamt répond sur votre cas particulier, ELSTER est le portail officiel où la déclaration se dépose, et un Steuerberater est la personne que l'on paie quand les sommes en jeu justifient les honoraires. Côté français, impots.gouv.fr joue le même rôle de source officielle. Vérifiez le chiffre du moment auprès de l'un d'eux, ou d'un conseiller qualifié, avant d'agir sur quoi que ce soit lu ici.

Deux choses valent la peine d'être faites cette semaine. Ouvrez chaque compte et regardez quel Freistellungsauftrag y est réellement déposé, parce qu'une répartition décidée à l'époque où vous n'aviez qu'un courtier est presque certainement fausse maintenant que vous en avez deux. Ensuite, si un compte porte une perte alors qu'un autre a fait une bonne année, notez la demande de Verlustbescheinigung dans votre agenda au début de décembre. Le reste peut attendre la Steuerbescheinigung annuelle, le document qui vous dit enfin ce qui a été prélevé, et sur quoi.

Estimez ce qu'un portefeuille de dividendes verse avant impôt

Résumé

En Allemagne, l'Abgeltungssteuer sur les intérêts, les dividendes et les plus-values est prélevée avant que vous soyez payé. Voici quand déclarer rapporte.


Federico Romaldi

Écrit par

Federico Romaldi

Co-fondateur, Worthmap

Publié: 14 août 2026

Federico est co-fondateur de Worthmap, une plateforme d’intelligence patrimoniale pour les investisseurs sérieux. Fort d’une expérience en génie logiciel et d’une passion de longue date pour l’investissement value, il a créé Worthmap pour combler le fossé entre le suivi du patrimoine et l’analyse des investissements.

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